STRC, le baromètre de solvabilité de Strategy : peg, depegs et ce qui a changé en 2026
Par Alexandre Vinal

Le 14 mai 2026, STRC s'est échangé pour la dernière fois à sa valeur nominale de 100 $ — son « pair », le prix de référence autour duquel le titre est censé rester collé. Depuis, il dérive en dessous : descendu jusqu'à 97,11 $ avant de remonter autour de 99,10 $, pour un cours moyen pondéré par les volumes (le VWAP) de 99,62 $ fin mai (CoinDesk, juin 2026). Début juin, la glissade s'est aggravée : le titre a enfoncé les 95 $ — jusqu'à environ 94,65 $ — dans le sillage d'une rechute du bitcoin (PANews, juin 2026). Pour un instrument conçu pour rester collé à 100 $ et vendu comme une alternative quasi sans risque (à la manière d'un fonds monétaire), c'est un aveu : l'ancrage à 100 $ — le « peg » — n'est pas un mécanisme automatique, c'est une intention que Strategy doit défendre mois après mois, à coups de dividende.
STRC est une action de préférence (preferred stock en anglais) : un titre hybride, à mi-chemin entre l'action et l'obligation. Comme une obligation, il verse un revenu régulier — ici un dividende mensuel en cash — et gravite autour d'une valeur de référence fixe, 100 $. Mais comme une action, ce revenu n'est pas une dette : juridiquement, rien n'oblige l'émetteur à le verser, ni à défendre le cours de 100 $. Émise par Strategy Inc. (l'ex-MicroStrategy de Michael Saylor), STRC est détenue à environ 80 % par des particuliers, souvent attirés par un rendement présenté comme presque sans risque. Le paradoxe, rarement explicité aux détenteurs : le maintien autour de 100 $ ne repose sur aucune clause. Le seul levier de Strategy pour défendre ce niveau est de relever le taux du dividende quand le titre décroche. Résultat : depuis l'émission de juillet 2025, ce taux est passé de 9,00 % à 11,50 % par hausses successives. Chaque hausse raconte un décrochage. Et chaque décrochage dit quelque chose sur la santé financière de l'émetteur.
Cet article explique le fonctionnement réel de STRC, sa place dans la mécanique de financement de Strategy, et pourquoi son prix fonctionne comme un baromètre en temps réel de la solvabilité du groupe — c'est-à-dire de sa capacité à honorer ses engagements. Il retrace les raisons structurelles des multiples décrochages (les « depegs ») constatés depuis fin 2025, puis montre ce qui a changé en 2026 — sans pour autant transformer STRC en instrument sans risque.
- STRC est une action de préférence perpétuelle (« perpétuelle » = sans date de remboursement) dont la valeur nominale de 100 $ n'est garantie par aucune obligation contractuelle. Le seul levier de défense du prix est le taux de dividende, ajusté à la sole and absolute discretion (« seule et absolue discrétion ») de Strategy.
- Le taux a grimpé de 9,00 % (à l'émission, juillet 2025) à 11,50 % en mars 2026, par hausses successives, puis a été maintenu quatre mois d'affilée — signe d'un possible point d'équilibre (CoinDesk, juin 2026).
- STRC est un rouage du « moteur ATM » de Strategy — l'At-The-Market, un programme qui vend de nouveaux titres en continu sur le marché. Tant que STRC tient près du pair, le groupe peut émettre de nouvelles actions STRC pour financer ses achats de bitcoin et le service de sa dette. Si le pair lâche, ce moteur de financement se grippe — d'où la lecture de STRC comme indicateur de solvabilité.
- Les depegs ont quatre causes structurelles : la dent de scie de l'ex-dividende (~0,45 $ de chute récurrente), les baisses du bitcoin, la suroffre de l'ATM, et le décalage du reset mensuel du taux.
- 2026, une stabilité qui se fissure : après quatre mois de taux figé à 11,50 % et un passage prévu en distribution bimensuelle (juillet 2026), STRC a rechuté sous 95 $ début juin. Surtout, le matelas de trésorerie vanté (2,25 Md $) a fondu à ~871 M $ après un rachat de 1,5 Md $ de dette convertible — soit ~6 mois de dividendes, au lieu de 2,5 ans (CoinDesk, mai 2026). L'absence de peg contractuel, elle, n'a pas changé.
Au programme
- Le fonctionnement de STRC — Action de préférence à taux variable, valeur nominale 100 $, dividende mensuel, taux ajusté à la discrétion de Strategy avec un plancher à la baisse mais aucun plafond à la hausse.
- La relation avec Strategy — STRC n'existe pas pour lui-même : c'est un instrument de levée de capitaux via l'ATM, au service de l'accumulation de bitcoin et du remboursement de la dette.
- Pourquoi c'est un baromètre de solvabilité — Le taux que Strategy doit payer pour défendre les 100 $ est un coût de financement fixé par le marché, donc une mesure du risque qu'il y a à lui prêter.
- Pourquoi plusieurs depegs — Dent de scie de l'ex-dividende, baisses du bitcoin, suroffre de l'ATM, décalage du reset mensuel.
- Les risques pour le porteur — Subordination, dividende discrétionnaire, duration cachée, liquidité, concentration sur les particuliers — et désormais un risque de suspension à court terme (trésorerie réduite à ~6 mois).
- Pourquoi c'est différent aujourd'hui — Stabilisation du taux et distribution bimensuelle, mais matelas de trésorerie largement consommé (~6 mois) et rechute sous 95 $ début juin.
La suite est réservée aux membres
Abonnez-vous pour accéder à l'intégralité de cette analyse et à tout le contenu Cointips.